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Presse
 
2011
L’aquarelle en porte des mondes

Âme tranquille et malicieuse, Marius Pierre Cousin travaille l’aquarelle comme Montaigne travaillait la littérature : il lui donne une humanité aimable, un doux rayonnement de vertu rieuse.

A travers l’aquarelle, il allie la légèreté à la profondeur. Le réel se colore et se transforme à son imagination.

Les villes voient leurs proportions et leurs couleurs se métamorphoser. Les fleuves dérivent en jaunes et bleus, les clochers ponctuent les vagues de toits, les dômes s’arrondissent et chatoient, les fenêtres semblent des yeux de chat dans la nuit… Le pinceau de l’aquarelliste devient un stylet de poésie, qui couche les esquisses de réel sur la feuille…

Les ciels s’embrasent sur des mondes techniques menaçants ou sur des images d’enfance ; les couleurs se glissent autour de la volupté des corps féminins ; les villes deviennent des contes ; les fruits ouvrent les portes de l’abstrait…

Adroit au trait, aiguisé dans la couleur, attentif au sentiment pictural, Marius Pierre Cousin nous donne à voir et nous emmène plus loin. Ses natures mortes nous entraînent au-delà du fruit… on sent à la fois la pulpe et l’écorce mais aussi la douceur ou l’âpreté du goût.

Comme il le dit lui-même, il travaille par touche, par saut… il y a plusieurs niveaux de lecture… on peut s’attacher à la ligne des corps, aux arrêtes des toits, au duvet du coing… mais on peut aussi s’absorber dans les tâches et les touches d’arrière-plan… on s’abîme alors dans une densité de couleurs tissées par les rapprochements de l’eau et rehaussées par la volonté du peintre… Les couleurs se repoussent et s’attirent… le monde se résume à cette attention minutieuse qui canalise les forces des pigments.

L’aquarelle de Marius Pierre Cousin transgresse les lois de la transparence. Les couleurs et les formes deviennent des manifestes et des univers. Ce sont des coups de cœur qu’elle nous fait passer, un regard imaginant. En profondeur comme en surface, dans les couleurs comme dans les traits, on se prend au jeu… et l’on y prend beaucoup de plaisir.


Jean FLEURY
Chez monsieur Cousin, sur les flancs des monts de Juliénas
6 mai 2011